Backstage – préparation du KSAT CAMP#4 à Montreuil

Charlotte et Kirikoo – photo par Autumn Ahn

En ce moment le soleil boude Paris et ne décide de pointer son nez que les dimanches. C’est toujours mieux que rien me diriez vous! Dimanche dernier justement nous le saluons alors que l’on se dirige vers Montreuil pour rejoindre une maison en travaux inhabitée et cachée dans un lot pavillonnaire tout à fait charmant. La porte nous est ouverte par la charmante Lucy Narac. On traverse le jardin broussailleux pour découvrir une maison peu ordinaire. Le salon est occupée par les préparatifs de l’installation pour le KSAT CAMP#4 et les croquis d’Autumn Ahn. Dans la pièce du fond on aperçoit une peinture sur une bâche en plastique disposée sur le mur et le motif qu’Autumn a bien entamé qui est posé à côté une batterie démontée.

These days, the sun is hiding from Paris and decides to show up only on sundays. It’s always better than nothing you’ll say! Indeed, last sunday, at the same time as we were greeting him we were going towards Montreuil (near Paris) to go in an deserted and hiden house which take place in the middle of very cute houses. The charming Lucy Narac is welcoming us. We walk across the brushy garden to discover an unusual house. The livving room is full of the preparations of the installation for the KSAT CAMP#4 and the sketches of Autumn Ahn. In the next room, we can see a painting on platic on the wall and the pattern that Autumn almost finished that is just next to a dismantled drum set.

Charlotte entre dans la pièce, elle a performé cet après midi face à la caméra pour la pièce pensée par Autumn. La pièce est divisée en trois temps et se construit sous nos yeux. Lorsqu’on avance à travers les escaliers étroits on remarque Quentin Crestinu qui prends des photos. Kirikoo Des est à la caméra en train de filmer Autumn qui est dans une pièce très exiguë et étroite où, le visage couvert de noir, elle peint frénétiquement le sol et les murs.

Charlotte comes into the room, she performed this afternoon in front of the camera for the piece thought by Autumn. The piece is divided in 3 chapters and is building up in front of our eyes. When we go towards the stairs we notice Quentin Crestinu who’s taking pictues. Kirikoo Des is holding the video camera while shooting Autumn who’s in a confined and narrow room where, her face covered in black, she paints the floor and the walls frenetically.

photo par Quentin Crestinu

Peu de paroles. Le silence de la maison inanimé envahit l’espace et est rythmé par la musique du rez de chaussée. L’air frais entre en même temps que le soleil et alors que l’on observe les curieux papiers peints des pièces de l’étage. On se surprend à faire une pause dans la course interminable des préparatifs pour l’événement. Martina sourit, on se regarde et on se rappelle pourquoi on aime faire ce que l’on fait avec KSAT.

Little talks. The silence of the uninhabited house take over the space and is cadenced by the music from the ground floor. The fresh air enters at the same time as the sun when we observe the curious wallpapers of the rooms upstairs. We are surprised to take a break in the never-ending race of the making of the event. Martina smiles, we look at each other and we remember why we love to do what we do with KSAT.

photo par Quentin Crestinu

Ne manquez pas de voir la pièce orchestrée par Autumn Ahn et réalisée avec le concours de Kirikoo Des, Quentin Crestinu, Charlotte Giamarchi et Lucy Narac lors du KSAT CAMP#4 ce samedi 13 Avril 2013.

Don’t miss out the piece orchestrated by Autumn Ahn and realised with Kirikoo Des, Quentin Crestinu, Charlotte Giamarchi and Lucy Narac during the KSAT CAMP#4 this saturday, April 13th, 2013.

Vous connaissez Pétronille?

Pétronille est une jolie blonde pétillante qui est venue à notre rencontre lors du dernier KSAT CAMP#3 chez Marcovaldo. Nous venions de présenter le projet devant le public en rappelant que nous étions toujours friandes de rencontres et d’échange. Nous avions invité les gens à partager leurs idées et leurs envies de collaborer avec nous pour présenter leurs projets. A la fin de l’événement Pétronille est venue pour se présenter. Quelques temps après nous l’avons rencontré et pu en savoir plus sur le projet Instal’action Performative on Network qu’elle a développé et que l’on va présenter lors du KSAT CAMP#4 ce samedi.

Pétronille is a  pretty punchy blondie that came to us during the last KSAT CAMP#3 at Marcovaldo. We were presenting the project to the audience and reminding them that we are always up to meet new artists and exchange with them. We invited the audience to share their thoughts and wish to collaborate with us to introduce their projects. At the end of the event, Pétronille came to us to introduce herself. A little while after we met with her and it was the opportunity to know more about the project Instal’action Performative on Network that she developped and that we’ll present this saturday at KSAT CAMP#4.

Pétronille est architecte et s’intéresse beaucoup à l’espace urbain. Elle a réfléchi à un parallèle entre l’espace public urbain de notre environnement visuel et celui de notre environnement virtuel. Sa pièce est donc centrée autour de la problématique des réseaux sociaux et de la barrière entre l’espace public et privé. En pointant le doigt sur certains faits, Pétronille suscite un questionnement. Elle pose devant le regard des visiteurs une pratique généralisée tout en les faisant interagir directement sur l’interface.
Pour pouvoir vivre pleinement l’expérience et en préparation de l’événement KSAT CAMP#4 de ce samedi, nous vous conseillons tout de suite de suivre la page créée à l’occasion pour le projet en likant ce lien :

Pétronille is an architect and really interested in urbanism. She studied a parallel between urban public space in our visual environment and the virtual one. Her piece is focused on the social network issue and on the border between public space and private space. Pointing out certain facts, Pétronille raises questions. She pushes the sight of the audience on a general practice as well as making them interact directly on the interface.

To experience the installation fully this saturday on KSAT CAMP#4, we advise you to follow immediately the facebook page created for the event by liking this page :

 

On vous attends tous samedi pour partager une belle expérience !

We wait for you all on saturday to share a great experience !

La bibliothèque d’Alice Forge

Dans notre groupe on commence à avoir quelques noms qui reviennent souvent. Les « Alice » sont assez populaire chez KSAT. C’est d’une Alice que je vais vous parler aujourd’hui. Cette Alice là était arrivée avec une très jolie robe à pois quand on la rencontrée la première fois.

Elle avait apporté des cartes postales qu’elle avait faites elle même. L’esthétique était très intéressante. On partageait beaucoup de références. On a parlé colonel moutarde avec la corde dans la véranda ou de la mort de Roger Ackroyd. On a partagé notre passion pour Romain Gary, son talent de conteur et de mythomane. Nous avions un total respect pour cet homme.

In our group we start to see similar names that pops up. Alice is quite popular among KSAT artists. Today I’m going to talk to you about an Alice. This Alice was wearing a very pretty polka dot dress the first time we met her.

Alice brought some postcards that she did herself. The looks of it was really interesting. We shared a lot of references. We talked about the colonel Mustard with the rope  in the veranda or about the murder of Roger Ackroyd. We shared our passion for Romain Gary, his talent as a storyteller and mythomaniac. We had complete respect for this man.

Beaucoup de ses références font appel à la littérature, au mystère et l’imaginaire. Il est donc intéressant d’aller fouiner dans sa bibliothèque pour y découvrir certains de ses livres préférés.

A lot of her references come from litterature, mystery and imagination. Therefore it’s interesting to take a glimpse at her library to discover some of her favorite books.

On peut y trouver le Chien des Baskerville de Sherlock Holmes qui est l’un de ses premiers souvenirs de lecture. Les trois mousquetaires ont aussi beaucoup marqué son parcours et enfin elle me parle d’un livre moins connu qui est composé de 5 tomes. Il s’agit de « Le Quinconce » de Charles Palliser.  L’histoire tourne autour d’un héritage convoité par plusieurs branches d’une même famille. Le décor s’implante dans l’Angleterre Victorienne et on pourrait presque s’y méprendre et croire lire un Dickens. Alice l’a lu à toute vitesse, emportée par le flot des péripéties du héros qui va de Charybde en Scylla. Dès qu’elle atteint la dernière phrase, la toute dernière, « on comprend qu’on s’est fait rouler et qu’il faudra peut être tout relire: pas de résolution absolue de l’intrigue, on est dans un roman contemporain, à la première personne, totalement subjectif. Le plus beau, c’est qu’il y a une postface où l’auteur explique qu’il s’est trouvé parfois confronté à des lecteurs qui n’avaient pas la même interprétation que lui de sa propre intrigue, et il affirme que si une autre interprétation est possible, elle est tout aussi valide que ses intentions d’auteur. Il écrit que le roman est un vecteur de significations soumis la liberté d’interprétation. Ce livre m’a appris que lorsqu’on créé quelque chose, la richesse vient toujours de la possibilité du spectateur d’interpréter l’œuvre à sa guise, selon sa sensibilité, et pas, comme on le voit souvent dans l’art contemporain, de comprendre les intentions de l’auteur. »

There we can find the Baskerville’s dog from Sherlock Holmes which is  one of her first memory of reading. The 3 musketeers were also very important in her path and finally she talks to me about a less famous book that’s made out of 5 volumes. It’s called « Le Quinconce » from Charles Palliser. The plot is quite cray. A story about inheritance around which a family is fighting for. The set up takes place in victorian UK and we could easily feel like we’re reading a Dickens. Alice read it very fast, carried away by all the adventures of the main character from Charybde to Scylla. As soon as she reaches the last sentence, the very last one, « we understand that we were tricked and that we might have to reread everything : the mystery is not solved completely, we are in a comtemporary novel, the writer is using the « I » to tell the very subjective story. The most beautiful is that there is a postnote where the writer explains that he sometimes found himself facing readers that didn’t have the same interpretation than him of his own plot and he says that if another interpration is possible, it might be as valid as his. He writes that the novel could be interpreted in many ways and it’s up to the freedom of interpretation of the reader. This book allowed me to learn that when you create something, the great thing about it is to give the opportunity to the reader/audience to interpret it as he/she wants, according to their feelings and not, as we often see in contemporary art, to understand the will and thoughts of the writer. »

Éveiller la sensibilité du lecteur et raviver son imaginaire pour qu’il s’y épanouisse avec plaisir, on se rend bien compte que c’est ce qui guide le travail d’Alice Forge.

Arouse the reader’s sensibility and his/her imagination so he/she can feel the story, we are well aware that this is what leads the work of Alice Forge.

Ne manquez pas de découvrir sa nouvelle pièce pour KSAT lors du prochain évènement sur le voyeurisme et les secrets des voisins ce samedi 13 avril. Pour plus d’informations c’est ici.

Don’t miss her new piece of work for KSAT during our next upcoming event about voyerism and secrets of your neighbor this saturday, April 13th. For more informations it’s here.

 

Photos : la bibliothèque de Alice Forge par Alice Forge

KSAT CAMP#4 – Voyerism / Secret of your neighbor

Samedi 13 Avril, KSAT remet ça! Le cycle des secrets sur lequel les artistes travaillent cette année bat son plein. Cette fois-ci, les artistes vont explorer les méandres du voyeurisme et des secrets des voisins.

Rendez-vous pour une expérience hors du commun dans un lieu décalé et secret. L’exposition éphémère présentera des travaux de vidéo mapping et plastiques ainsi que des performances artistiques et installation. La soirée sera rythmée par des performances sonores cachées tout au long du happening.

KSAT vous invite à découvrir des histoires mystérieuses et à entrer dans l’univers de chacun. Les artistes travaillent en dialogue avec l’espace et investissent une pièce spécialement conçue pour l’événement, en harmonie avec l’espace.

Le lieu de l’événement, gardé secret jusqu’à la dernière minute, sera révélé après inscription sur la guest-list: http://eepurl.com/slytP.

Evènement Facebook

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Saturday April 13th, KSAT is back! The artists are working and researching upon the topic of secrets, which is the theme of the current cycle. This time, they will expore in particular the mysterious and magic world of voyeurism and the secrets of your neighbors.

We’re looking forward meeting you this weekend in aim to experience this art in an unexpected and secret location. The ephemeral exhibition will present videos mapping and fine art, as well as artistic performances and space installations. The soirée is going to get groovy on the sounds of hidden music performances that will pop up from time to time during the evening.

KSAT invite you all to discover the mysterious stories and to enter a universe of strangers. The artists works in direct contact with the space and its identity, they produce original pieces especially for the event.

The event location is kept secret until some days before the event, it is going to be revealed to whom who subscribe on the guest-list: http://eepurl.com/slytP.

Event Facebook

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Artistes confirmés / Artists presented : Autumn Ahn, Alice Martins, Petronille Leroux, Alice Forge, IF, Latona Mike, Boucher Mélissa, BCBG, Vertical, Duke Raoul, Mounir Ayache, Neue Grafik, Bad Bats! It’s going to be a hell of a show!

En partenariat avec StreetPress, Le Comptoir Sauvage, Revue Oscillations, Spirited Magazine.

Else IF at KSAT CAMP#2

[vimeo 58891008 w=700 h=481]

elseIF from IF on Vimeo.

Else IF est une pièce de IF présenté lors du KSAT CAMP#2 et on va les retrouver bientôt. Ce collectif franco-italien réalise des installations dans l’espace. Ils s’inspirent des lieux qu’ils investissent et créent in situ.

Else IF is a piece form IF presented at KSAT CAMP#2 and we’ll see them again soon. This french-italian collective create installations. They are inspired by the location they are in and create everything there.

Installation by IF / Photo: Seewon Jung

Video shots : Seewon Jung

L’amour sauvera le monde – Ksénia Lukyanova

Ksénia Lukyanova est une jeune et jolie actrice et scénariste. Lors du prochain KSAT CAMP du 16 février nous aurons le plaisir de vous présenter le court métrage qu’elle a réalisé avec Christian McCallum « 14 Septembre » et une super équipe internationale tout a fait dans l’esprit KSAT. Ces images, à l’aspect onirique, ont été tournées dans le quartier même où l’on fera cette présentation. On parlera d’amour et de confusion sentimentale. Pour vous introduire un peu l’esprit de ce que vous allez voir on lui a posé quelques questions sur des petites anecdotes de tournage.

Ksénia Lukyanova is a young and pretty actress and a scriptwriter. For the upcoming KSAT CAMP on February 16th, we will be pleased to present you the short movie that she did with Christian McCallum « 14 septembre » and a great international team that fits perfectly the KSAT spirit. These dreamy images were screened the neighbourhood where we will present the movie. We will talk about love and emotional disorder. To introduce you the atmosphere of what you’ll see we asked her a few questions about the shooting.

« J’ai fumé à peu près 7 paquets de cigarettes alors que le tournage a duré 3 jours!  Avant je me suis fait voler mon sac 2 fois. 14 est mon chiffre fétiche, j’ai même un tatouage sous le bras gauche XIV. Pendant le tournage d’une scène d’amour sur le lit près de la fenêtre, on s’est aperçus au bout de 20 minutes que c’était la pause déjeuner d’un énorme chantier en face, et du coup, les premiers à voir des extraits de notre film en direct live étaient 20 charmants jeunes hommes mâchant leurs sandwichs de midi. Pour faire ce film, on a réuni le réalisateur et le caméraman de Berlin, le chef du son de Genève, les acteurs de Paris et moi même parisienne plus que française, russe et sibérienne en même temps. Here we go! La robe de mariée magnifique à été proposée par une talentueuse couturière parisienne Killygrind et tout le soundtrack merveilleux par Lippie.

L’équipe du film est convaincue que l’amour sauvera le monde et nos âmes ! »

« I smoked around 7 packs of cigarettes though the shooting lasted 3 days! Before that, my bag was stolen 2 times. 14 is my lucky number, I even have a tatoo under my left arm XIV. During the shooting of the love scene on the bed by the window, we noticed after 20 minutes that it was the lunch break of a construction site on the other side, so the first ones to see some excerpts of our movie in live were 20 charming young men chewing their sandwiches for lunch. To make this movie, we associated the director and the cameraman from Berlin, the sound engineer from Geneva, the actors from Paris and myself, more parisian than french, russian and siberian at the same time. Here we go! The magnificent wedding dress was offered by a talented parisian designer Killygrind and all the soundtracks by the marvellous Lippie.

The team of the movie is convinced that love will save the world and our souls ! »

[vimeo http://www.vimeo.com/38892679 w=500&h=281]

14 Septembre Trailer from Christian McCallum on Vimeo.

KSAT CAMP#3 aura lieu le 16 février prochain à 18h30 à Marcovaldo – 61 rue Charlot 75003 Paris

Happy New Year!!

Here in France, we usually have until the end of the month to wish everyone we love a happy new year.

So here are our wishes. It’s time to throw away the sad Christmas Tree and start the new year with strenghth and smiles.

BISOUS to you all!!

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Look twice – Karima Boudou

Karima Boudou est une commissaire d’exposition complétant ses études à Amsterdam, en Hollande. Elle participe à KSAT#6 dans un projet la réunissant avec l’artiste Soufiane Ababri. Nous lui avons demandé de choisir 3 images qui représentaient son parcours dans l’art et qui pourraient nous permettre de vous la présenter.

Karima Boudou is a curator who’s achieving her studies in Amsterdam, Holland. She’s taking part of KSAT#6 in a project with the artist Soufiane Ababri. We asked her to pick 3 images that could represent her path in art and the could help us introduce her to you.

Cette photographie a été prise chez moi à Amsterdam. J’ai volontairement choisi cette image pour ce qu’elle représente et ce qu’elle signifie. Elle représente feu Hassan II, ancien roi du Maroc, posant en costume dans ce que l’on pourrait appeler un intérieur marocain, accoudé à un fauteuil bourgeois. L’attitude et la pose sont celles d’un homme jovial et mondain. Elles racontent le récit d’un homme qui, dans l’histoire du Maroc, a été une personne aux multiples identités, un personnage complexe comme j’aime les lire dans les histoires, les documents d’archives et les découvrir dans les expositions. Par-dessus tout, j’aime les cartes postales et cette image en constitue un bel exemple, une sorte de carte postale d’une identité complexe et extensible…

This photograph has been taken at my place in Amsterdam. I picked this picture because of what it represents and what it means. It’s Hassan II, former king of Morocco, posing in a costume that you could name an Moroccan interior, leaning on a bourgeois-type chair. The attitude and posing are those of a jovial and socialite man. It tells the story of a man who, regarding the history of Moroxxo, was a person with multiple identities, a complex character as I like to read in stories, archives and documents discovered in exhibitions. Above all, I love postcards, and this image is a good example, a sort of postcard of a complex and extensible identity.

C’est une pièce de monnaie de 2 rupees que j’ai trouvé en arrivant ici, dans ma chambre, à Amsterdam. J’ai choisi cette coïncidence car il y a une inscription qui m’intéresse sur la pièce: “National integration”. Décalage culturel, car cette pièce est celle d’une culture qui ne m’ appartient pas, mais pourtant elle résonne avec ma réalité et mon parcours. Mes parents se sont rendus en France lors des années 1970 grâce aux nouveaux contrats de travail proposés aux jeunes Marocains. La continuation d’une sorte d’ “indépendance dans l’interdépendance”, formule qui fait référence à la fin du protectorat français signé par les  responsables français et la délégation d’Al Istiqlal. En faisant quelques détours on pourrait interpréter ce geste sur la photographie, comme cristallisant la possibilité de briser certains malentendus culturels.

This is a coin of 2 rupees that I found when I came here, in my room, in Amsterdam. I picked this coincidence because what’s written on the coin interests me : « National Integration ». Cultural shift, because this coin is from a culture that I’m not part of, yet it resonates with my reality and my career. My parents arrived in France during the 1970s due to new employment contracts offered to young Moroccans. The continuation of a sort of « independence within interdependence », this formula refers to the end of the French protectorate signed between French officials and the delegation of Al Istiqlal. By making a few detours we could interpret this gesture on photography as crystallizing the possibility of breaking some cultural misunderstandings.

La dernière image est un document de travail. C’est une image de la réplique de l’atelier de l’artiste Donelle Woolford, artiste africaine-américaine. On y voit la reconstitution de son atelier à l’Institute of Contemporary Arts (ICA) à Londres, en 2008.  Cette image est liée à  une exposition que je  prépare pour l’Institut Français des Pays-Bas à Amsterdam, qui aura lieu en juin prochain. J’ai invité l’artiste à installer la réplique de son atelier dans l’espace d’exposition. C’est la première exposition dont j’assure le commissariat individuellement, et elle contient un certain nombre d’éléments qui traînaient dans mon esprit depuis quelque temps. L’un deux est la mise en route de multiples points de chute historiques dans le présent, le deuxième est celui du simulacre et du double dans la représentation. Dans la réplique de son atelier, Donelle Woolford fabrique des tableaux cubistes. Pendant le cours de l’exposition, l’artiste a accroché ses tableaux cubistes, placés aux côtés de plantes exotiques, camouflant ce que nous voyons. Il y a ce que l’on voit et ce qui est en jeu, cela nous invite à y regarder à deux fois…

The last image is a picture that document what I’m working on. This is a picture of the replica of the studio of the African-American artist Donelle Woolford. It shows the reconstruction of her workshop at the Institute of Contemporary Arts (ICA) in London in 2008. This image is connected to an exhibition I am preparing for the French Institute of the Netherlands in Amsterdam, which will take place in June, 2013. I invited the artist to install a replica of her studio in the exhibition space. This is the first exhibition I’m curating alone, and it contains a number of elements that have been in my mind for some time. One of them is the start of many historical parallels in the present, the second is the simulacrum and the duality in the representation. In the replica of her workshop, Donelle Woolford produces Cubist paintings. During the exhibition, the artist has hung up her cubist paintings, placed alongside exotic plants, hiding what we see. There is what is seen and what is at stake, it invites us to look twice …

L’Art est Cosa Mentale – Soufiane Ababri

Yasmine : Récemment, mon regard s’est penché sur des artistes qui fouillent le passé afin de porter un regard sur le présent. Des artistes travaillant les archives et qui posent des questions, parfois peu accessibles à la première visite et qui font certainement réfléchir. C’est en allant à la Ferme Du Buisson voir l’exposition Orphelins de Fanon de Mathieu K. Abonnenc puis quelques temps après, à l’espace Khiasma, celle de Vincent Meessen que mon intérêt s’est éveillé. J’ai été marquée par cette démarche qu’ils avaient en commun de recherche et de fouilles, comme des archéologues, historiens, philosophes, l’artiste se présente comme un chercheur en sciences sociales. Chacun avec son regard propre, ils s’intéressent à la colonisation / décolonisation / post colonialisme.

Recently, I focused on artists who delve in the past to take a look at the present. Artists working on archives and who ask questions, sometimes inaccessible to the first visit but which certainly makes you think. It was when I went to the Ferme Du Buisson to see the exhibition Orphelins de Fanon by Mathieu K. Abonnenc then after some time, at the espace Khiasma to see the one of Vincent Meessen that my interest was aroused. I was caught by their common approach regarding research and excavations, as archaeologists, historians, philosophers, the artist presents himself as a social scientist. Each with their own look, they are interested in colonization / decolonization / post colonialism.

Martina : Il y a quelque temps, Yasmine et moi étions invitées par Soufiane Ababri à visiter son studio. Pourvues d’une camera et d’un bloc notes on est parties à la découverte de cet artiste et son lieu de travail. Soufiane était encore une énigme pour moi. Les seules choses que je savais étaient qu’il est un artiste conceptuel et qu’il travaille sur l’idée de l’échange de la pensée, le décalage culturel, les questions territoriales et il aimerait bien prendre part au prochain cycle KSAT avec un nouveau projet expérimental.

Je voulais en savoir plus.

It’s been a while, Yasmine and I were invited by Soufiane Ababri to visit his studio. Equipped with a camera and a notepad we were ready to discover the artist and his work. At that time, Soufiane was still a mystery to me. The only thing I knew about him was that he is a conceptual artist and he is working on the idea of ​​exchange of knowledge, cultural shift, territorial issues and that he would like to take part to the next KSAT cycle with a new experimental project.

I wanted to know more about him.

Y: La première fois que j’ai rencontré Soufiane, mais également la première fois que je suis allée chez lui, il m’a présenté la même pièce, une photo d’une intervention. Il insiste sur le fait qu’elle ne représente pas sa façon habituelle de travailler mais elle semble être comme une introduction à son travail et une porte ouverte vers la suite. Une voiture garée dans une rue de la ville, le véhicule est couvert de neige. L’artiste, par une action instantanée et spontanée sur le réel, a ajouté à la main dans la neige son empreinte en inscrivant « Où ? ». Ce paysage, qui interroge sur un véhicule temporairement à l’arrêt, est comme un souffle dans le temps. Tout va redémarrer d’ici peu, la neige va fondre, la voiture va partir mais où ? Il pose ainsi la question de l’exil.

The first time I met Soufiane, but also the first time I went to his place, he showed me the same piece first, a picture of an intervention. He insists it is not his usual way of working, but it seems to be an introduction to his work and an open door to the following. A car parked in a street of the city, the car is covered with snow. The artist, instantaneous and spontaneous action on the real added by hand in the snow forms the letter « Où?  » (where? in french). This landscape, which examines a vehicle temporarily stopped, is like a breath in time. All will restart soon, the snow will melt, the car will go, but where? Through this, he raises the question of exile.

M: Ce tirage photographique représente une sorte de statement déclarant le dépaysement. La localisation arbitraire dans l’espace-temps nous transporte dans un ailleurs inconnu,  où le geste de l’artiste interfère avec un paysage donné. L’action se transforme en communication. Il capture l’instant et il part.

This print represents a sort of statement to communicate disorientation. The arbitrary choice of location, in an unknown space-time lapse, carry us elsewhere, a place where the artist’s gesture contaminates a given landscape. Action becomes communication. He captures the moment and leave.

Y : Dans sa dernière pièce Between Lovers, Soufiane Ababri s’appuie sur sa relation avec le Maroc et la France pour initier une conversation à travers une discussion écrite entre deux protagonistes qui discutent de ce qui est relaté dans un quotidien français puis marocain. Le visiteur se trouve  propulsé à la place des protagonistes, qui ont disparus, pour laisser leurs pensées renversées comme traces sur le mur ainsi que les résidus des journaux consultés sur leurs chaises. Le visiteur se retrouve littéralement lui aussi « le cul entre deux chaises ».

In his latest piece Between Lovers, Soufiane Ababri relies on its relationship with Morocco and France to initiate a conversation through a written discussion between two protagonists who discuss what is reported in a French newspaper and a Moroccan one. This way, the visitor is transfered to the protagonists position, who disappeared, leaving their thoughts to spread traces on the wall as well as leftovers of the newspapers available on their chairs. The visitor finds himself literally with his « ass between two chairs. »

M : On se trouve devant une situation recrée par l’artiste. Comme une sorte de télé-réalité désertée on est face à un scénario : est ce que l’action a déjà eu lieu ou est-ce que les acteurs doivent encore faire leur entrée en scène ? Est ce qu’ils sont partis ? Peut être n’ont ils jamais été là… Il ne reste qu’une trace écrite à la main pour combler le vide de la présence humaine, deux feuilles encadrées et accrochées au mur, dont on ne peut pas déchiffrer le sens car elles sont placées à l’envers.

We’re in front of a fictional situation created by the artist. As a sort of deserted reality show we find ourself looking to a fake scenario: did the action already happen or are we waiting for something to show off? Did somebody left? Maybe anybody have been there either… The only clue left on the scene aresome handwritten traces to fill out the absence of human presence, two pages framed and hung on the wall, mostly impossible to decrypt because they’re set conversely.

Y : Dans un autre travail, l’artiste « crée sa science » nous dit-il, le Palmiérisme – ou comment les arabes cueillent les dattes. Ici, il s’intéresse à la migration, non pas des personnes, mais des palmiers. Il observe la déchéance d’une belle plante dans un milieu qui n’est pas son environnement naturel. La plante survit mais flétrit puis meurt à petit feu. Le palmier se présente comme le symbole de l’orient qui n’est pas sans éveiller en nous un parallèle avec la migration des Hommes et la difficulté d’adaptation à un nouvel environnement qui n’est pas celui d’origine. Alors que nous sécherions dans le désert, l’environnement du palmier, c’est lui, qui, invité dans notre monde, s’assèche lorsqu’on l’observe sans l’entretenir, lorsqu’on le laisse dépérir sans lui donner les clefs en main pour s’adapter. La métaphore est troublante et pousse à la réflexion.

In another work, the artist « creates his own science » he tells us, it’s called the Palmiérisme – or how the Arabs pick the dates. Here, he focuses on migration, not people, but palm trees. He observes the decline of a beautiful plant in an environment that is not its natural environment. The plant survives but then fades and slowly dies. The palmtree stands as the symbol of the East and is not without making a parallel with the migration of men and the difficulty of adapting to a new environment which is not the original one. While we would dry in a desertic environment, the one of the palmtrees, it’s it, the palmtree, which, when invited in our world, becomes to dry when observed without care, when we leave it to decay without giving the turnkey to adapt. The metaphor is disturbing and thought-provoking.

M : Soufiane travaille et réfléchit beaucoup sur l’idée de survivance. Il utilise comme matière d’étude l’image du palmier pour conceptualiser toute une histoire que l’on peut retracer avec : le colonialisme, le moyen Orient, la force et la persévérance de ces matériaux. Il travaille sur l’idée du cycle de vie de cette plante avec une série de Polaroid qui montrent les différentes étapes d’existence d’un petit palmier. Non seulement on y voit l’avancement du dépérissement du végétal dont Yasmine parle, mais on peut constater aussi comment les photos sont abîmées de plus en plus lors qu’on tourne notre regard vers la droite. L’incoercible phénomène séculaire naissance-vie-mort est représenté par un parallélisme concept/matière. Comme un cri, dans le vide de cette toile occupée sur sa portion centrale, on peut lire entre les lignes un subtil message qui incite à la vie, à résister aux obstacles et au passage du temps, le palmier fossilisé perdure en tant que simulacre de ce qui était.

Soufiane works and research a lot on the idea of survival. He uses the image of the palm tree to narrate a more complex story, dealing with differents subjects: the colonialism, the Middle East, the streght of this material as a metaphor. Soufiane visualises the idea of the palm tree’s life cycle, recourring to a series of Polaroid that progressively get more blurried and jaded as the tree gradually gets older and dies. The inexorable process of birth-life-death is represented by a parallelism in between concept and images. Like it was shouting out loud, in the emptyness of this canvas filled only in its middle portion, we can barely hear a whispered message prompting to life, the fossilized palm tree still holds on like a simulacrum of what has been.

La majorité des travaux montrés par Soufiane sont des intentions, des mise-en-trois-dimensions de concepts et réflexions, de visualisations. Comme l’art conceptuel nous a bien appris, on ne voit plus la nécessité de voir des pièces finies, l’idée est le coeur du travail artistique, au delà de l’habilité manuelle de l’artiste dans sa réalisation. Soufiane utilise des morceaux pris de la réalité quotidienne des journaux, des photos historiques, des outils simples et il les manipule pour faire dévier leur sens vers d’autres formes de pensée. Il expérimente différents moyens pour exprimer ses messages, souvent en lien direct avec sa situation personnelle complexe : sa nationalité marocaine et son rapport avec la France, les distances géographiques vues parfois comme métaphores de la distance entre cultures et sa relation avec le passage du temps.

The most of the works Soufiane showed us represent intentions, a 3D representation of concepts and reflexions, of visualisations. As conceptual art teaches, we don’t see anymore the necessity of having full finished pieces, the idea is the core of the art work, far from the strictly personal artistic ability in the realization. Soufiane cuts parts of his everyday life to create his pieces, from newspaper to historic photographies, simple tools turns into specific art objects after his manipulation. He experiments new forms of medium to express his thoughts, seldomly connected with his complex personal situation: his moroccan nationality and his relationship with France, geographical distances often saw as metaphors of a distance inbetween cultures, its vision on the passage of time.

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Soufiane Ababri participe au cycle des Secrets pour le KSAT#6 et présentera un travail en commun avec la commissaire d’exposition Karima Boudou que nous vous présenterons dans un prochain article.

Ne manquez pas de découvrir son travail dans les prochains mois à venir et dans notre prochaine publication. En attendant nous avons demandé à Soufiane de nous faire part de son secret. Le voilà :

Soufiane Ababri will take part to the next KSAT#6 cycle about Secrets, presenting a work elaborated with curator Karima Boudou, that we’re going to present you in a next article.

Do not miss the opportunity of checking out his work in the next months and in our publication. Meanwhile, we asked Soufiane to share with us its secret. Here it goes: