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In the kitchen – Cécile Chaput

Il a quelques temps, j’ai rencontré Cécile pour la première fois. C’était un après midi pluvieux à Paris et j’avais dans la tête les rythmes des chansons françaises d’antan … On a parlé de Tadashi Kawamata (son tuteur à l’ENSBA), de VJs, de Gordon Matta-Clark et d’autres choses…  Ce que j’aime le plus dans mon travail, c’est de mettre à l’epreuve les artistes, en leur demandant de décrire eux mêmes leur parcours artistiques, à travers des indices, des photos et des anecdotes. Il n’est pas aisé pour un artiste de parler de lui même, ça peut donc être une raison de plus pour me détester, mais je persevere.

Voilà alors l’histoire de Cécile.

Not so long ago, I met Cécile for the first time. It was a rainy afternoon in Paris and I had stuck in my head some old school french melodies… We talked about Tadashi Kawamata (her tutor at ENSBA), about VJs, about Gordon Matta-Clark and other things… What I like the most in my work is to challenge the artists by asking them to describe their artistic path through clues, pictures and anecdotes. It’s not easy for an artist to talk about himself, it could be a reason to hate me but I’m doing it anyway.

So Here is the story of Cécile.

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Cette vidéo a eu un côté révélateur dans mon travail. Quand j’étais encore au lycée, j’ai découvert l’artiste Pipilloti Rist, qui a véritablement chamboulé et changé ma vision et mon rapport à l’art vidéo.

This video was quite revealing to me and for my work. When I was still in high school, I discovered the artist Pipilloti Rist, that truly disturbed and reshaped my vision and my relationship to video art.

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=PPC8ir1jdfk&w=420&h=315]

La vidéo en question s’appelle « Aujourd’hui », l’artiste déambule dans un supermarché, s’auto-filmant, elle sur-imprime des figures humaines qui s’incrustent comme autant de pensées projetées. Le spectateur est prié de regarder la bande vidéo, couché sur l’oreille gauche ou bien de tourner le moniteur à 90°. Ce qui m’a particulièrement interpellé, c’est la position de la télévision, qui faisait partie d’une installation. Cette utilisation me fascinait.

The video is called « Aujourd’hui » (« today »), the artist walks around a supermarket, filming herself, she superposes human figures that could be like many projected thoughts. The viewer is welcomed to watch the video while lying on the left ear or by turning the screen of 90°. What striked me most, it’s the position of the television that takes part of an installation. This way of using it fascinated me.

Mes vidéos prenant part à la pièce globale communiquent entre elles, surtout quand j’utilise des vidéos de « seconde-main », comme les meubles des installations dans lesquelles elles sont diffusées. Ces extraits  vidéos, datant d’il y a moins de 50 ans, sont  volontairement abimés par le flux internet, pour justifier leur deuxième vie. Ils sont re-visible sur un écran de télévision. Pour que, quelque part, elles puissent se situer dans un monde après la télévision.

My videos, by taking part of the global piece, communicate between each other, particularly when I use « second-hand » videos, like the furnitures of the installations in which they are used. These video excerpts, created at least 50 years ago, are altered voluntarily by the internet flow, to justify their second life. They are re-seen on a television screen. So that, in a way, they could take part of a world after the television.

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=vRAd1o3Tbwg&w=420&h=315]

Temple de l’archétype femme d’intérieur parfaite, la cuisine en Formica, qui se voulait libératrice dans les années 50, ne véhicule à présent, que de la nostalgie. Impossible à reproduire aujourd’hui, le meuble en Formica ne fait que ré-apparaître. De fait, tous les éléments que l’on croise actuellement, peuplant des débarras ou brocantes ne peuvent être que de seconde main. Les structures servant ici de terreau aux sculptures et installations ont déjà vécu une vie et ont déjà accompagnés des familles sur des périodes plus ou moins longues. On peut parler d’objets habités, témoins sourds-muets de l’intimité de foyers; de ce que Pierre Bourdieu appelait Habitus. Extraits de leur milieu « naturel » ainsi que de leur époque, ils reprennent à leur compte la poétique (de l’espace) que Gaston Bachelard leur prêtait en ce qu’ils sont sédimentés de vie et de sens, comme de véritables organes de la vie secrète.

Temple of the archetype of the perfect housewife, the Formica kitchen, which used to be a symbol of freedom in the 50s, represent only nostalgia nowadays. Impossible to reproduce today, the Formica furnitures only reappear. Therefore, all the elements that we run into today in flea markets or antique stores can only be second-hand. The structures used as a base for the sculptures and installations already had a life along with families in a timelapse that’s more or less long. We can talk about inhabited objects, deaf-mute witnesses of the intimicy shared in their home; what Pierre Bourdieu called Habitus. Excerpts of their « natural » habitat and of their own time period, they impersonate the poetry (of the space) that Gaston Bachelard associated to them as they  are aggregates of lives and meaning as true organs of the secret life.

Dans mes installations, j’essaye de nous confronter à des lieux de notre quotidien, que nous sommes capables de reconnaître au premier coup d’œil. La mise en espace fait que nous pouvons nous balader dans  l’œuvre. La notion de sculpture vient de la déformation des objets du quotidien. C’est une cuisine, certes, mais qui devient tout à coup inutilisable, elle n’est plus que vitrine. Non pas la vitrine de la perfection, comme peut l’être l’intérieur d’une bonne femme d’intérieur mais, au contraire, celle du dis-fonctionnement. Elle représente notre vitrine, physiquement, face à toute l’incohérence et la confusion que peut entrainer la recherche de la perfection.

In my installations, I try to confront the viewer to everyday environments, that we are able to recognize at first sight. The setting allows the visitor to walk in the piece. The notion of sculpture comes from the distortion of the everyday objects. It’s a kitchen, indeed, but that suddenly appears as unuseful, it’s only a window. Not the window of perfection, as can be a typical housewive but, in the contrary, the one of disfunctionment. It represents our window, physically, confronting all the incoherence and the confusion that perfection can lead to.

On aura l’occasion de voir une installation vidéo crée par Cécile, lors du prochain rendez vous KSAT CAMP#2, ce samedi 19 Janvier. Ne le manquez pas!

We wil have the opportunity to see a video installation created by Cécile, during the upcoming KSAT CAMP#2, this saturday 19th of January in Paris. Don’t miss it!

Cécile Chaput website

KSAT-CAMP-2-janvier

KSAT CAMP#2 // we’re back!

KSAT CAMP revient après les fetes de fin d’année avec un nouvel événement secret à ne pas manquer!
Comme d’habitude, pour y participer il faudra vous inscrire sur notre guest-list (si vous etes déjà inscrits depuis le dernier événement, il n’est pas necessaire de vous ré-inscrire) > link pour la guest list > http://eepurl.com/slytP
L’adresse du lieu où se deroulera KSAT CAMP#2 sera revelée quelques jours avant l’événement aux contacts inscrits sur la guest-list.

ARTISTES ANNONCÉS : Alice Forge, Anne Devoret et Arthur Hoffman, IF (Erminio Serpente, Cinzia Campolese, Régis Mandrillon, Marguerite Anthonioz), Yasmin Yrondi, Cécile Chaput, Autumn Ahn.

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Look twice – Karima Boudou

Karima Boudou est une commissaire d’exposition complétant ses études à Amsterdam, en Hollande. Elle participe à KSAT#6 dans un projet la réunissant avec l’artiste Soufiane Ababri. Nous lui avons demandé de choisir 3 images qui représentaient son parcours dans l’art et qui pourraient nous permettre de vous la présenter.

Karima Boudou is a curator who’s achieving her studies in Amsterdam, Holland. She’s taking part of KSAT#6 in a project with the artist Soufiane Ababri. We asked her to pick 3 images that could represent her path in art and the could help us introduce her to you.

Cette photographie a été prise chez moi à Amsterdam. J’ai volontairement choisi cette image pour ce qu’elle représente et ce qu’elle signifie. Elle représente feu Hassan II, ancien roi du Maroc, posant en costume dans ce que l’on pourrait appeler un intérieur marocain, accoudé à un fauteuil bourgeois. L’attitude et la pose sont celles d’un homme jovial et mondain. Elles racontent le récit d’un homme qui, dans l’histoire du Maroc, a été une personne aux multiples identités, un personnage complexe comme j’aime les lire dans les histoires, les documents d’archives et les découvrir dans les expositions. Par-dessus tout, j’aime les cartes postales et cette image en constitue un bel exemple, une sorte de carte postale d’une identité complexe et extensible…

This photograph has been taken at my place in Amsterdam. I picked this picture because of what it represents and what it means. It’s Hassan II, former king of Morocco, posing in a costume that you could name an Moroccan interior, leaning on a bourgeois-type chair. The attitude and posing are those of a jovial and socialite man. It tells the story of a man who, regarding the history of Moroxxo, was a person with multiple identities, a complex character as I like to read in stories, archives and documents discovered in exhibitions. Above all, I love postcards, and this image is a good example, a sort of postcard of a complex and extensible identity.

C’est une pièce de monnaie de 2 rupees que j’ai trouvé en arrivant ici, dans ma chambre, à Amsterdam. J’ai choisi cette coïncidence car il y a une inscription qui m’intéresse sur la pièce: “National integration”. Décalage culturel, car cette pièce est celle d’une culture qui ne m’ appartient pas, mais pourtant elle résonne avec ma réalité et mon parcours. Mes parents se sont rendus en France lors des années 1970 grâce aux nouveaux contrats de travail proposés aux jeunes Marocains. La continuation d’une sorte d’ “indépendance dans l’interdépendance”, formule qui fait référence à la fin du protectorat français signé par les  responsables français et la délégation d’Al Istiqlal. En faisant quelques détours on pourrait interpréter ce geste sur la photographie, comme cristallisant la possibilité de briser certains malentendus culturels.

This is a coin of 2 rupees that I found when I came here, in my room, in Amsterdam. I picked this coincidence because what’s written on the coin interests me : « National Integration ». Cultural shift, because this coin is from a culture that I’m not part of, yet it resonates with my reality and my career. My parents arrived in France during the 1970s due to new employment contracts offered to young Moroccans. The continuation of a sort of « independence within interdependence », this formula refers to the end of the French protectorate signed between French officials and the delegation of Al Istiqlal. By making a few detours we could interpret this gesture on photography as crystallizing the possibility of breaking some cultural misunderstandings.

La dernière image est un document de travail. C’est une image de la réplique de l’atelier de l’artiste Donelle Woolford, artiste africaine-américaine. On y voit la reconstitution de son atelier à l’Institute of Contemporary Arts (ICA) à Londres, en 2008.  Cette image est liée à  une exposition que je  prépare pour l’Institut Français des Pays-Bas à Amsterdam, qui aura lieu en juin prochain. J’ai invité l’artiste à installer la réplique de son atelier dans l’espace d’exposition. C’est la première exposition dont j’assure le commissariat individuellement, et elle contient un certain nombre d’éléments qui traînaient dans mon esprit depuis quelque temps. L’un deux est la mise en route de multiples points de chute historiques dans le présent, le deuxième est celui du simulacre et du double dans la représentation. Dans la réplique de son atelier, Donelle Woolford fabrique des tableaux cubistes. Pendant le cours de l’exposition, l’artiste a accroché ses tableaux cubistes, placés aux côtés de plantes exotiques, camouflant ce que nous voyons. Il y a ce que l’on voit et ce qui est en jeu, cela nous invite à y regarder à deux fois…

The last image is a picture that document what I’m working on. This is a picture of the replica of the studio of the African-American artist Donelle Woolford. It shows the reconstruction of her workshop at the Institute of Contemporary Arts (ICA) in London in 2008. This image is connected to an exhibition I am preparing for the French Institute of the Netherlands in Amsterdam, which will take place in June, 2013. I invited the artist to install a replica of her studio in the exhibition space. This is the first exhibition I’m curating alone, and it contains a number of elements that have been in my mind for some time. One of them is the start of many historical parallels in the present, the second is the simulacrum and the duality in the representation. In the replica of her workshop, Donelle Woolford produces Cubist paintings. During the exhibition, the artist has hung up her cubist paintings, placed alongside exotic plants, hiding what we see. There is what is seen and what is at stake, it invites us to look twice …

L’Art est Cosa Mentale – Soufiane Ababri

Yasmine : Récemment, mon regard s’est penché sur des artistes qui fouillent le passé afin de porter un regard sur le présent. Des artistes travaillant les archives et qui posent des questions, parfois peu accessibles à la première visite et qui font certainement réfléchir. C’est en allant à la Ferme Du Buisson voir l’exposition Orphelins de Fanon de Mathieu K. Abonnenc puis quelques temps après, à l’espace Khiasma, celle de Vincent Meessen que mon intérêt s’est éveillé. J’ai été marquée par cette démarche qu’ils avaient en commun de recherche et de fouilles, comme des archéologues, historiens, philosophes, l’artiste se présente comme un chercheur en sciences sociales. Chacun avec son regard propre, ils s’intéressent à la colonisation / décolonisation / post colonialisme.

Recently, I focused on artists who delve in the past to take a look at the present. Artists working on archives and who ask questions, sometimes inaccessible to the first visit but which certainly makes you think. It was when I went to the Ferme Du Buisson to see the exhibition Orphelins de Fanon by Mathieu K. Abonnenc then after some time, at the espace Khiasma to see the one of Vincent Meessen that my interest was aroused. I was caught by their common approach regarding research and excavations, as archaeologists, historians, philosophers, the artist presents himself as a social scientist. Each with their own look, they are interested in colonization / decolonization / post colonialism.

Martina : Il y a quelque temps, Yasmine et moi étions invitées par Soufiane Ababri à visiter son studio. Pourvues d’une camera et d’un bloc notes on est parties à la découverte de cet artiste et son lieu de travail. Soufiane était encore une énigme pour moi. Les seules choses que je savais étaient qu’il est un artiste conceptuel et qu’il travaille sur l’idée de l’échange de la pensée, le décalage culturel, les questions territoriales et il aimerait bien prendre part au prochain cycle KSAT avec un nouveau projet expérimental.

Je voulais en savoir plus.

It’s been a while, Yasmine and I were invited by Soufiane Ababri to visit his studio. Equipped with a camera and a notepad we were ready to discover the artist and his work. At that time, Soufiane was still a mystery to me. The only thing I knew about him was that he is a conceptual artist and he is working on the idea of ​​exchange of knowledge, cultural shift, territorial issues and that he would like to take part to the next KSAT cycle with a new experimental project.

I wanted to know more about him.

Y: La première fois que j’ai rencontré Soufiane, mais également la première fois que je suis allée chez lui, il m’a présenté la même pièce, une photo d’une intervention. Il insiste sur le fait qu’elle ne représente pas sa façon habituelle de travailler mais elle semble être comme une introduction à son travail et une porte ouverte vers la suite. Une voiture garée dans une rue de la ville, le véhicule est couvert de neige. L’artiste, par une action instantanée et spontanée sur le réel, a ajouté à la main dans la neige son empreinte en inscrivant « Où ? ». Ce paysage, qui interroge sur un véhicule temporairement à l’arrêt, est comme un souffle dans le temps. Tout va redémarrer d’ici peu, la neige va fondre, la voiture va partir mais où ? Il pose ainsi la question de l’exil.

The first time I met Soufiane, but also the first time I went to his place, he showed me the same piece first, a picture of an intervention. He insists it is not his usual way of working, but it seems to be an introduction to his work and an open door to the following. A car parked in a street of the city, the car is covered with snow. The artist, instantaneous and spontaneous action on the real added by hand in the snow forms the letter « Où?  » (where? in french). This landscape, which examines a vehicle temporarily stopped, is like a breath in time. All will restart soon, the snow will melt, the car will go, but where? Through this, he raises the question of exile.

M: Ce tirage photographique représente une sorte de statement déclarant le dépaysement. La localisation arbitraire dans l’espace-temps nous transporte dans un ailleurs inconnu,  où le geste de l’artiste interfère avec un paysage donné. L’action se transforme en communication. Il capture l’instant et il part.

This print represents a sort of statement to communicate disorientation. The arbitrary choice of location, in an unknown space-time lapse, carry us elsewhere, a place where the artist’s gesture contaminates a given landscape. Action becomes communication. He captures the moment and leave.

Y : Dans sa dernière pièce Between Lovers, Soufiane Ababri s’appuie sur sa relation avec le Maroc et la France pour initier une conversation à travers une discussion écrite entre deux protagonistes qui discutent de ce qui est relaté dans un quotidien français puis marocain. Le visiteur se trouve  propulsé à la place des protagonistes, qui ont disparus, pour laisser leurs pensées renversées comme traces sur le mur ainsi que les résidus des journaux consultés sur leurs chaises. Le visiteur se retrouve littéralement lui aussi « le cul entre deux chaises ».

In his latest piece Between Lovers, Soufiane Ababri relies on its relationship with Morocco and France to initiate a conversation through a written discussion between two protagonists who discuss what is reported in a French newspaper and a Moroccan one. This way, the visitor is transfered to the protagonists position, who disappeared, leaving their thoughts to spread traces on the wall as well as leftovers of the newspapers available on their chairs. The visitor finds himself literally with his « ass between two chairs. »

M : On se trouve devant une situation recrée par l’artiste. Comme une sorte de télé-réalité désertée on est face à un scénario : est ce que l’action a déjà eu lieu ou est-ce que les acteurs doivent encore faire leur entrée en scène ? Est ce qu’ils sont partis ? Peut être n’ont ils jamais été là… Il ne reste qu’une trace écrite à la main pour combler le vide de la présence humaine, deux feuilles encadrées et accrochées au mur, dont on ne peut pas déchiffrer le sens car elles sont placées à l’envers.

We’re in front of a fictional situation created by the artist. As a sort of deserted reality show we find ourself looking to a fake scenario: did the action already happen or are we waiting for something to show off? Did somebody left? Maybe anybody have been there either… The only clue left on the scene aresome handwritten traces to fill out the absence of human presence, two pages framed and hung on the wall, mostly impossible to decrypt because they’re set conversely.

Y : Dans un autre travail, l’artiste « crée sa science » nous dit-il, le Palmiérisme – ou comment les arabes cueillent les dattes. Ici, il s’intéresse à la migration, non pas des personnes, mais des palmiers. Il observe la déchéance d’une belle plante dans un milieu qui n’est pas son environnement naturel. La plante survit mais flétrit puis meurt à petit feu. Le palmier se présente comme le symbole de l’orient qui n’est pas sans éveiller en nous un parallèle avec la migration des Hommes et la difficulté d’adaptation à un nouvel environnement qui n’est pas celui d’origine. Alors que nous sécherions dans le désert, l’environnement du palmier, c’est lui, qui, invité dans notre monde, s’assèche lorsqu’on l’observe sans l’entretenir, lorsqu’on le laisse dépérir sans lui donner les clefs en main pour s’adapter. La métaphore est troublante et pousse à la réflexion.

In another work, the artist « creates his own science » he tells us, it’s called the Palmiérisme – or how the Arabs pick the dates. Here, he focuses on migration, not people, but palm trees. He observes the decline of a beautiful plant in an environment that is not its natural environment. The plant survives but then fades and slowly dies. The palmtree stands as the symbol of the East and is not without making a parallel with the migration of men and the difficulty of adapting to a new environment which is not the original one. While we would dry in a desertic environment, the one of the palmtrees, it’s it, the palmtree, which, when invited in our world, becomes to dry when observed without care, when we leave it to decay without giving the turnkey to adapt. The metaphor is disturbing and thought-provoking.

M : Soufiane travaille et réfléchit beaucoup sur l’idée de survivance. Il utilise comme matière d’étude l’image du palmier pour conceptualiser toute une histoire que l’on peut retracer avec : le colonialisme, le moyen Orient, la force et la persévérance de ces matériaux. Il travaille sur l’idée du cycle de vie de cette plante avec une série de Polaroid qui montrent les différentes étapes d’existence d’un petit palmier. Non seulement on y voit l’avancement du dépérissement du végétal dont Yasmine parle, mais on peut constater aussi comment les photos sont abîmées de plus en plus lors qu’on tourne notre regard vers la droite. L’incoercible phénomène séculaire naissance-vie-mort est représenté par un parallélisme concept/matière. Comme un cri, dans le vide de cette toile occupée sur sa portion centrale, on peut lire entre les lignes un subtil message qui incite à la vie, à résister aux obstacles et au passage du temps, le palmier fossilisé perdure en tant que simulacre de ce qui était.

Soufiane works and research a lot on the idea of survival. He uses the image of the palm tree to narrate a more complex story, dealing with differents subjects: the colonialism, the Middle East, the streght of this material as a metaphor. Soufiane visualises the idea of the palm tree’s life cycle, recourring to a series of Polaroid that progressively get more blurried and jaded as the tree gradually gets older and dies. The inexorable process of birth-life-death is represented by a parallelism in between concept and images. Like it was shouting out loud, in the emptyness of this canvas filled only in its middle portion, we can barely hear a whispered message prompting to life, the fossilized palm tree still holds on like a simulacrum of what has been.

La majorité des travaux montrés par Soufiane sont des intentions, des mise-en-trois-dimensions de concepts et réflexions, de visualisations. Comme l’art conceptuel nous a bien appris, on ne voit plus la nécessité de voir des pièces finies, l’idée est le coeur du travail artistique, au delà de l’habilité manuelle de l’artiste dans sa réalisation. Soufiane utilise des morceaux pris de la réalité quotidienne des journaux, des photos historiques, des outils simples et il les manipule pour faire dévier leur sens vers d’autres formes de pensée. Il expérimente différents moyens pour exprimer ses messages, souvent en lien direct avec sa situation personnelle complexe : sa nationalité marocaine et son rapport avec la France, les distances géographiques vues parfois comme métaphores de la distance entre cultures et sa relation avec le passage du temps.

The most of the works Soufiane showed us represent intentions, a 3D representation of concepts and reflexions, of visualisations. As conceptual art teaches, we don’t see anymore the necessity of having full finished pieces, the idea is the core of the art work, far from the strictly personal artistic ability in the realization. Soufiane cuts parts of his everyday life to create his pieces, from newspaper to historic photographies, simple tools turns into specific art objects after his manipulation. He experiments new forms of medium to express his thoughts, seldomly connected with his complex personal situation: his moroccan nationality and his relationship with France, geographical distances often saw as metaphors of a distance inbetween cultures, its vision on the passage of time.

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Soufiane Ababri participe au cycle des Secrets pour le KSAT#6 et présentera un travail en commun avec la commissaire d’exposition Karima Boudou que nous vous présenterons dans un prochain article.

Ne manquez pas de découvrir son travail dans les prochains mois à venir et dans notre prochaine publication. En attendant nous avons demandé à Soufiane de nous faire part de son secret. Le voilà :

Soufiane Ababri will take part to the next KSAT#6 cycle about Secrets, presenting a work elaborated with curator Karima Boudou, that we’re going to present you in a next article.

Do not miss the opportunity of checking out his work in the next months and in our publication. Meanwhile, we asked Soufiane to share with us its secret. Here it goes:

 

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Realities went wrong – Yasmin Yrondi

During KSAT CAMP’s Making of I asked Yasmin, a freshman of KSAT team, to present herself through an object she cherishes. She decided to share with me her diary, a sort of logbook of creative inspiration she finds in and around.

Yasmin’s diary is a receptacle of intimate personal anecdotes, a collage of pieces coming from distant realities, fragments of fictional and real stories mashed up in a visual appealing assemblage to re-create new hybrid tales.

« Mal Secreto » is a song by Gal Costa that talks about secret grief, those hurting feelings that we try to hide from the outside world but that destroy us in the inside. The song explains how we try to be relieved from this pain, the eternal agony or the malaise de l’âme that binds us tight…

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=B9utRQ8EGsM&w=420&h=315]

She try to define her character and temperament through words: « I am an excessive person. I might give the impression of being dramatic and unbearable. Normally it is not like that. In any case I think that those elements arise somehow in my art practice, showing off this necessity to express the excesses through drama and it becomes ironic at some point…

(…) I place the characters of my stories in isolated worlds where reality is pushed to extremes, space is not precisely defined and time is stretched to its infinite lenght. I try to make this malaise emerge from those pictures, to point out that where everything seems to work well, eventually it’s not… »

Yasmin is a long time collector of photobooth pictures. She gather known and unknown identities like a meticoulous collector and give them a number but no names. What is their stories? Could we ever guess?

In recent times, Yasmin is focusing her work upon the study of identities, the self-conciousness and the unknown side of people’s appearance.

During KSAT CAMP#1 she decided to install her video projection « Télé-Réalité » into a toilet. Toilets are the renomate place where to find our little moments of intimacy meanwhile we fulfill our « private needs ». She hijacked the room’s function, deciding to project the video on the bathroom’s door. This reel shows people staring at us, as if they were watching through a tv screen, having fun.

Yasmin will soon show another video installation during a next KSAT CAMP event! Stay updated!

et si le plastique devenait PLAST-IF?

IF: 4 jeunes esprits créatifs qui désirent expérimenter du nouvelles formes de travail collaboratif, hors des limites de l’architecture au sens strict. Le groupe s’est formé au début de l’année 2012 et leur première réalisation sera présentée à l’occasion de KSAT CAMP#1. On est heureux de les accueillir dans notre équipe et supporter leur projet!

On leur a demandé de nous faire une petite présentation visuelle et littéraire pour répondre à la question « Qu’est ce qu’est IF? ». Leur réponse dans la suite.

IF n.m (du gaul. ivos). 1. Conifère à feuillage persistant et à baies rouges (arilles), souvent planté et taillé pour l’ornement. (Il peut atteindre 15 m de haut et vivre plusieurs siècles ; genre Taxus, famille des taxacées). Planter des ifs 2. Ustensile de forme conique, garni de pointes, pour égoutter les bouteilles après rinçage. If à bouteilles 3. Groupement de personnes et d’idées voulant donner une nouvelle définition, une nouvelle perspective aux collaborations interdisciplinaires. If est impatient, utopique et créatif. If travaille à donner une dimension différente de ce qui nous entoure, modifier l’espace et interagir avec le public. Si If pouvait, il transformerait la ville en un grand terrain de jeux.

 

 

IF a été invité par KSAT à développer une scénographie pour KSAT CAMP#1.

Ils ont imaginé un environnement onirique spécifiquement pensé pour la structure qu’hébergera l’exposition. En transformant le lieu qu’on leur a donné dans un « ailleurs », ils guideront notre chemin vers la découverte d’une réalité/rêve qui ne cesse de nous fasciner.

Êtes-vous prêt à franchir la porte? KSAT + IF vous attendent!

IF, c’est (aujourd’hui):

Cinzia Campolese – Show designer

Marguerite Anthonioz – Architecte

Régis Mandrillon – Architecte d’intérieur Designer produit

Erminio Alekos Serpente – Architecte

Next: ?

Contact IF: contact@team-if.com

MagicAlicious!

Lors de la préparation du précédent KSAT#5, j’ai eu l’occasion de rencontrer A2, un merveilleux groupe de danseurs frère et soeur, Alice et Adrien Martins , A + A = A2

Claire me les avait présentés et j’étais allée les voir au point FMR auparavant avec Mia et Lina de KSAT Suède quand elles étaient à Paris.

Quand on s’est rencontrées on a tout de suite accrochées puis on s’est retrouvées plus tard pour tomber en amitié comme on tombe en amour.

A + A = A1 dans une compagnie de danse à Barcelone + A2 en architecture à Paris. Alice est une danseuse à la recherche permanente d’une conscience entre le mouvement, l’espace et l’architecture. Elle a depuis rejoins KSAT et s’investit de façon régulière pour renouveler le format créatif.

Dimanche dernier nous nous sommes assises quelques minutes pour gribouiller sur un papier un rapide portrait d’elle.

Ne loupez pas Alice à l’événement secret KSAT#6 Camp#1 secret de ce week end à Paris!

While preparing the previous KSAT#5, I had the opportunity to meet A2, a marvellous combination of a brother and a sister that are dansors, Alice and Adrien, A+A=A2

Claire introduced me to them and I went to see them at the point FMR with Mia and Lina from KSAT Sweden when they were in Paris.

When we met we immediately clicked and later on we fell in friendship together like you can fall in love.

A+A= A1 in a dance compagnie in Barcelona + A2 in architecture in Paris. Alice is a dansor who’s constantly seeking for selfconcious space, movement and architecture. Since then she joined the KSAT team and gets involved regularly to take part of the renewal of the creative format.

Last sunday we sat down a few minutes to doodle on a paper a quick portrait of her.

Questions :

- 3 steps of dance

- Where do you go to dream?

- Who were you?

- Who are you?

- Who will you become?

- Design 3 shoes to : dance, go out, eat

- A small love note?

Don’t miss Alice at the KSAT#6 Camp#1 secret event this week end in Paris.

Plus d’Alice Martins online

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My art is fueled by action – Autumn Ahn

Autumn Ahn is an artist from head to toe.

We asked her to describe herself through 3 statements/anecdotes, and here it goes:

1. Saying yes & moving on

My artistic development, and any artistic development, is fueled by action.
My first large projects were made possible by friends offering opportunities. It was a matter of choosing my priorities and saying yes to working late nights painting instead of going to a bar. I chose to create a working environment where I could be productive and also have fun. The best parties happen when there is something to celebrate!

The « Underground » mural in Boston from 2008 was my first big commission. My friend Maria Molteni and I spent one month in 2008 going to the skate ramp everyday and sometimes sleeping there until it was finished. It was torn down 3 months later.

« Learning to let go clears your head and your heart to allow room to focus on new projects. »

2. Collaborations

Screen shot from EXTENDED VIDEO PLAY 2 feat A. Ahn and H. Featherstone by PvonK+TilGold

Part of « saying yes » is also committing to learning new things.

« Collaborations are often experimental and can trigger surprising new ideas »

Pushing beyond my comfort is exciting because it is challenging and it is always more approachable and fun if done with friends! While working on a large installation my friend Holli and I were invited to collaborate on a performance for video-something we have both never officially done. We felt a great connection with the two video artists we had just met and just said yes. There was no heavy planning, we decided on a date, some materials and shot the whole thing one Saturday afternoon. The artists PvonK put a lot of time into editing the video for a larger project. I am not quite sure how this will effect my work, but I’m sure it has influenced my artistic process.

3. Exploring Alone

« Putting myself in a foreign environment is a great way to find inspiration »

When I feel stuck or bored I explore by wandering aimlessly, going to a new bar, taking my bike to work instead of the metro, or traveling to a different country. I always end up finding something beautiful, bizarre or funny.

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Autumn joined KSAT during Fall 2012, she will present an installation that deals with space and perception during our KSAT CAMP#1 on December 15th! Exciting!

Autumn Ahn website

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Tracer la vie à l’encre noire – Youloune

La première fois que j’ai eu sous mes yeux les croquis de Youloune j’ai été émerveillée par leur personnalité. Comme s’ils étaient vivants, ils me parlaient.

Ses dessins vibrent en fait de l’énergie transférée par les actions qu’elle capture à travers la ligne constante de son trait graphique. Elle nous amène dans un monde d’histoires de danse, d’instants, d’émotions, de regards indiscrets sur l’intimité des gens dans la rue, des rythmes de fête et de joie. Sa capacité à transférer des scènes de la vie quotidienne sur des surfaces inanimées et matérielles ne se limite pas seulement au medium du papier, elle est aussi artiste textile.

Elle transporte son énergie créative sur des objets tridimensionnels, en lui donnant cet esprit dynamique et coloré.
J’oserai dire qu’on voit transparaître, à travers les pièces de Youloune, la vivacité de son regard sur la vie, à la fois regard d’enfant, joyeux et curieux, on la voit dessiner les horizons des relations humaines, elle cherche à attraper le geste éphémère de la vie.
Je n’ai jamais vu Youloune en total black (et probablement on ne la verra jamais). Ca nous dit beaucoup de choses sur son démarche.

J’ai demandé à Hélène de mes donner 3 indices pour découvrir sa personnalité, son travail et ses intérêts, voici le résultat:

Tout a commencé ici en 2005. En sortie scolaire avec ma classe d’histoire des arts, nous allons au Musée d’Orsay.

Tu connais l’école Olivier de Serres? M’a demandé ma professeur en voyant que je dessinais. 

Non, avais je répondu. Et le mois d’après j’allais aux portes ouvertes, puis au concours et à la rentrée 2006, bac dans la poche, j’entrais en Mise à Niveau pour 5 ans d’études en Arts Appliqués et deux en Arts Plastiques!

 

C’est en Première année à Olivier de Serres que j’ai commencé à remplir des carnets. Depuis, j’ai toujours un carnet et un Rotring 0.20 dans mon sac. 

C’est bien mieux que les photos, cela me permet d’observer plus longtemps, de comprendre, d’interpréter ce que j’ai en face de moi, sur le vif. Je dessine partout et dans toutes les conditions, même pendant les concerts au coeur de la foule, dans le noir pendant des spectacle de théâtre…

Ici, c’était lors d’une soirée de Die Nacht, où je surplombais la piscine Molitor en croquant les danseurs. Un très bon angle de vue!

 

Cela fait cinq ans que je suis avec la fanfare Les Météors, formée à Ods. Je n’ai jamais voulu jouer d’instruments, bien qu’ils me fascinent, mais j’accompagne leurs musiciens dans leurs concerts, je les dessine, je fais des reportages photo de nos tournées sur les routes de France et ailleurs, je les présente en faisant passer le chapeau, je sérigraphie leurs tee shirt… Une bonne équipe de copains avec lesquels on a monté nos ateliers à St Denis.

Et puis rien ne m’empêche d’aller dessiner les autres fanfares parisiennes! Ce dessin relate un set des Chilis lors d’un événement organisé par la Grande Masse.

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Youloune a integré l’equipe KSAT en Novembre cet année. Elle va présenter une installation et une performance en occasion du prémier KSAT CAMP, le 15 Décembre 2012. Venez la découvrir!

Site de Youloune