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IF hack KSAT CAMP#2

Dès que la nuit tombe sur l’atelier de la Petite Rockette les objets, pesés, triés, diagnostiqués, nettoyés, réparés, empilés les uns sur les autres, en attendant que quelqu’un leur donne un nouveau destin, se mettent à vivre leur propre vie.

Les interactions entre sons, images et mouvements permettent d’imaginer une conversation onirique et fantastique entre les différents objets et machines de l’atelier. Ils communiquent alors entre eux, nous racontent leur histoire. Ils révèlent leurs secrets cachés, leur utilisation masquée.

L’espace est bouleversé, modifié, désordonné. Quelqu’un ou quelque chose orchestre cette symphonie, détourne ce lieu de son fonctionnement originel comme un hacker qui s’immisce dans un site…

La team IF, lors du deuxième happening KSAT CAMP, a décidé d’investir l’espace de l’atelier de La Petite Rockette. Tout en gardant l’identité propre du lieu et des activités quotidiennes, ils sont intervenus au niveau de l’atmosphère, des sons, des objets, des lumières. Le résultat était magique, ci dessous un aperçu de leur installation éphémère.

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In the kitchen – Cécile Chaput

Il a quelques temps, j’ai rencontré Cécile pour la première fois. C’était un après midi pluvieux à Paris et j’avais dans la tête les rythmes des chansons françaises d’antan … On a parlé de Tadashi Kawamata (son tuteur à l’ENSBA), de VJs, de Gordon Matta-Clark et d’autres choses…  Ce que j’aime le plus dans mon travail, c’est de mettre à l’epreuve les artistes, en leur demandant de décrire eux mêmes leur parcours artistiques, à travers des indices, des photos et des anecdotes. Il n’est pas aisé pour un artiste de parler de lui même, ça peut donc être une raison de plus pour me détester, mais je persevere.

Voilà alors l’histoire de Cécile.

Not so long ago, I met Cécile for the first time. It was a rainy afternoon in Paris and I had stuck in my head some old school french melodies… We talked about Tadashi Kawamata (her tutor at ENSBA), about VJs, about Gordon Matta-Clark and other things… What I like the most in my work is to challenge the artists by asking them to describe their artistic path through clues, pictures and anecdotes. It’s not easy for an artist to talk about himself, it could be a reason to hate me but I’m doing it anyway.

So Here is the story of Cécile.

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Cette vidéo a eu un côté révélateur dans mon travail. Quand j’étais encore au lycée, j’ai découvert l’artiste Pipilloti Rist, qui a véritablement chamboulé et changé ma vision et mon rapport à l’art vidéo.

This video was quite revealing to me and for my work. When I was still in high school, I discovered the artist Pipilloti Rist, that truly disturbed and reshaped my vision and my relationship to video art.

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=PPC8ir1jdfk&w=420&h=315]

La vidéo en question s’appelle « Aujourd’hui », l’artiste déambule dans un supermarché, s’auto-filmant, elle sur-imprime des figures humaines qui s’incrustent comme autant de pensées projetées. Le spectateur est prié de regarder la bande vidéo, couché sur l’oreille gauche ou bien de tourner le moniteur à 90°. Ce qui m’a particulièrement interpellé, c’est la position de la télévision, qui faisait partie d’une installation. Cette utilisation me fascinait.

The video is called « Aujourd’hui » (« today »), the artist walks around a supermarket, filming herself, she superposes human figures that could be like many projected thoughts. The viewer is welcomed to watch the video while lying on the left ear or by turning the screen of 90°. What striked me most, it’s the position of the television that takes part of an installation. This way of using it fascinated me.

Mes vidéos prenant part à la pièce globale communiquent entre elles, surtout quand j’utilise des vidéos de « seconde-main », comme les meubles des installations dans lesquelles elles sont diffusées. Ces extraits  vidéos, datant d’il y a moins de 50 ans, sont  volontairement abimés par le flux internet, pour justifier leur deuxième vie. Ils sont re-visible sur un écran de télévision. Pour que, quelque part, elles puissent se situer dans un monde après la télévision.

My videos, by taking part of the global piece, communicate between each other, particularly when I use « second-hand » videos, like the furnitures of the installations in which they are used. These video excerpts, created at least 50 years ago, are altered voluntarily by the internet flow, to justify their second life. They are re-seen on a television screen. So that, in a way, they could take part of a world after the television.

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=vRAd1o3Tbwg&w=420&h=315]

Temple de l’archétype femme d’intérieur parfaite, la cuisine en Formica, qui se voulait libératrice dans les années 50, ne véhicule à présent, que de la nostalgie. Impossible à reproduire aujourd’hui, le meuble en Formica ne fait que ré-apparaître. De fait, tous les éléments que l’on croise actuellement, peuplant des débarras ou brocantes ne peuvent être que de seconde main. Les structures servant ici de terreau aux sculptures et installations ont déjà vécu une vie et ont déjà accompagnés des familles sur des périodes plus ou moins longues. On peut parler d’objets habités, témoins sourds-muets de l’intimité de foyers; de ce que Pierre Bourdieu appelait Habitus. Extraits de leur milieu « naturel » ainsi que de leur époque, ils reprennent à leur compte la poétique (de l’espace) que Gaston Bachelard leur prêtait en ce qu’ils sont sédimentés de vie et de sens, comme de véritables organes de la vie secrète.

Temple of the archetype of the perfect housewife, the Formica kitchen, which used to be a symbol of freedom in the 50s, represent only nostalgia nowadays. Impossible to reproduce today, the Formica furnitures only reappear. Therefore, all the elements that we run into today in flea markets or antique stores can only be second-hand. The structures used as a base for the sculptures and installations already had a life along with families in a timelapse that’s more or less long. We can talk about inhabited objects, deaf-mute witnesses of the intimicy shared in their home; what Pierre Bourdieu called Habitus. Excerpts of their « natural » habitat and of their own time period, they impersonate the poetry (of the space) that Gaston Bachelard associated to them as they  are aggregates of lives and meaning as true organs of the secret life.

Dans mes installations, j’essaye de nous confronter à des lieux de notre quotidien, que nous sommes capables de reconnaître au premier coup d’œil. La mise en espace fait que nous pouvons nous balader dans  l’œuvre. La notion de sculpture vient de la déformation des objets du quotidien. C’est une cuisine, certes, mais qui devient tout à coup inutilisable, elle n’est plus que vitrine. Non pas la vitrine de la perfection, comme peut l’être l’intérieur d’une bonne femme d’intérieur mais, au contraire, celle du dis-fonctionnement. Elle représente notre vitrine, physiquement, face à toute l’incohérence et la confusion que peut entrainer la recherche de la perfection.

In my installations, I try to confront the viewer to everyday environments, that we are able to recognize at first sight. The setting allows the visitor to walk in the piece. The notion of sculpture comes from the distortion of the everyday objects. It’s a kitchen, indeed, but that suddenly appears as unuseful, it’s only a window. Not the window of perfection, as can be a typical housewive but, in the contrary, the one of disfunctionment. It represents our window, physically, confronting all the incoherence and the confusion that perfection can lead to.

On aura l’occasion de voir une installation vidéo crée par Cécile, lors du prochain rendez vous KSAT CAMP#2, ce samedi 19 Janvier. Ne le manquez pas!

We wil have the opportunity to see a video installation created by Cécile, during the upcoming KSAT CAMP#2, this saturday 19th of January in Paris. Don’t miss it!

Cécile Chaput website

Happy New Year!!

Here in France, we usually have until the end of the month to wish everyone we love a happy new year.

So here are our wishes. It’s time to throw away the sad Christmas Tree and start the new year with strenghth and smiles.

BISOUS to you all!!

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KSAT CAMP#2 // we’re back!

KSAT CAMP revient après les fetes de fin d’année avec un nouvel événement secret à ne pas manquer!
Comme d’habitude, pour y participer il faudra vous inscrire sur notre guest-list (si vous etes déjà inscrits depuis le dernier événement, il n’est pas necessaire de vous ré-inscrire) > link pour la guest list > http://eepurl.com/slytP
L’adresse du lieu où se deroulera KSAT CAMP#2 sera revelée quelques jours avant l’événement aux contacts inscrits sur la guest-list.

ARTISTES ANNONCÉS : Alice Forge, Anne Devoret et Arthur Hoffman, IF (Erminio Serpente, Cinzia Campolese, Régis Mandrillon, Marguerite Anthonioz), Yasmin Yrondi, Cécile Chaput, Autumn Ahn.

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Look twice – Karima Boudou

Karima Boudou est une commissaire d’exposition complétant ses études à Amsterdam, en Hollande. Elle participe à KSAT#6 dans un projet la réunissant avec l’artiste Soufiane Ababri. Nous lui avons demandé de choisir 3 images qui représentaient son parcours dans l’art et qui pourraient nous permettre de vous la présenter.

Karima Boudou is a curator who’s achieving her studies in Amsterdam, Holland. She’s taking part of KSAT#6 in a project with the artist Soufiane Ababri. We asked her to pick 3 images that could represent her path in art and the could help us introduce her to you.

Cette photographie a été prise chez moi à Amsterdam. J’ai volontairement choisi cette image pour ce qu’elle représente et ce qu’elle signifie. Elle représente feu Hassan II, ancien roi du Maroc, posant en costume dans ce que l’on pourrait appeler un intérieur marocain, accoudé à un fauteuil bourgeois. L’attitude et la pose sont celles d’un homme jovial et mondain. Elles racontent le récit d’un homme qui, dans l’histoire du Maroc, a été une personne aux multiples identités, un personnage complexe comme j’aime les lire dans les histoires, les documents d’archives et les découvrir dans les expositions. Par-dessus tout, j’aime les cartes postales et cette image en constitue un bel exemple, une sorte de carte postale d’une identité complexe et extensible…

This photograph has been taken at my place in Amsterdam. I picked this picture because of what it represents and what it means. It’s Hassan II, former king of Morocco, posing in a costume that you could name an Moroccan interior, leaning on a bourgeois-type chair. The attitude and posing are those of a jovial and socialite man. It tells the story of a man who, regarding the history of Moroxxo, was a person with multiple identities, a complex character as I like to read in stories, archives and documents discovered in exhibitions. Above all, I love postcards, and this image is a good example, a sort of postcard of a complex and extensible identity.

C’est une pièce de monnaie de 2 rupees que j’ai trouvé en arrivant ici, dans ma chambre, à Amsterdam. J’ai choisi cette coïncidence car il y a une inscription qui m’intéresse sur la pièce: “National integration”. Décalage culturel, car cette pièce est celle d’une culture qui ne m’ appartient pas, mais pourtant elle résonne avec ma réalité et mon parcours. Mes parents se sont rendus en France lors des années 1970 grâce aux nouveaux contrats de travail proposés aux jeunes Marocains. La continuation d’une sorte d’ “indépendance dans l’interdépendance”, formule qui fait référence à la fin du protectorat français signé par les  responsables français et la délégation d’Al Istiqlal. En faisant quelques détours on pourrait interpréter ce geste sur la photographie, comme cristallisant la possibilité de briser certains malentendus culturels.

This is a coin of 2 rupees that I found when I came here, in my room, in Amsterdam. I picked this coincidence because what’s written on the coin interests me : « National Integration ». Cultural shift, because this coin is from a culture that I’m not part of, yet it resonates with my reality and my career. My parents arrived in France during the 1970s due to new employment contracts offered to young Moroccans. The continuation of a sort of « independence within interdependence », this formula refers to the end of the French protectorate signed between French officials and the delegation of Al Istiqlal. By making a few detours we could interpret this gesture on photography as crystallizing the possibility of breaking some cultural misunderstandings.

La dernière image est un document de travail. C’est une image de la réplique de l’atelier de l’artiste Donelle Woolford, artiste africaine-américaine. On y voit la reconstitution de son atelier à l’Institute of Contemporary Arts (ICA) à Londres, en 2008.  Cette image est liée à  une exposition que je  prépare pour l’Institut Français des Pays-Bas à Amsterdam, qui aura lieu en juin prochain. J’ai invité l’artiste à installer la réplique de son atelier dans l’espace d’exposition. C’est la première exposition dont j’assure le commissariat individuellement, et elle contient un certain nombre d’éléments qui traînaient dans mon esprit depuis quelque temps. L’un deux est la mise en route de multiples points de chute historiques dans le présent, le deuxième est celui du simulacre et du double dans la représentation. Dans la réplique de son atelier, Donelle Woolford fabrique des tableaux cubistes. Pendant le cours de l’exposition, l’artiste a accroché ses tableaux cubistes, placés aux côtés de plantes exotiques, camouflant ce que nous voyons. Il y a ce que l’on voit et ce qui est en jeu, cela nous invite à y regarder à deux fois…

The last image is a picture that document what I’m working on. This is a picture of the replica of the studio of the African-American artist Donelle Woolford. It shows the reconstruction of her workshop at the Institute of Contemporary Arts (ICA) in London in 2008. This image is connected to an exhibition I am preparing for the French Institute of the Netherlands in Amsterdam, which will take place in June, 2013. I invited the artist to install a replica of her studio in the exhibition space. This is the first exhibition I’m curating alone, and it contains a number of elements that have been in my mind for some time. One of them is the start of many historical parallels in the present, the second is the simulacrum and the duality in the representation. In the replica of her workshop, Donelle Woolford produces Cubist paintings. During the exhibition, the artist has hung up her cubist paintings, placed alongside exotic plants, hiding what we see. There is what is seen and what is at stake, it invites us to look twice …